Une vocation...

Une de mes grands-mères repasseuse, l'autre blanchisseuse et brodeuse, par le métier de teinturier que j'ai exercé jusquà la retraite, j'ai toujours eu le désir de collectionner les divers instruments de repassage.

En 1980, j'ai exposé pour la première fois les outils de travail de ma famille au premier salon de l'artisanat, organisé par la Chambre des Métiers du Var (Toulon). Au contact de collectionneurs aussi passionnés que moi, j'ai attrapé le virus de préssophile-sidérophile qui m'a ammené à découvrir le monde merveilleux du fer à repasser, si étroitement lié à l'évolution de la société et de la mode.

Qui suis-je ?

Je me nomme Pierre Saulnier, je suis né à Nangis (Seine et Marne) en 1937. J'ai eu trois ans au début de la guerre, ma famille était alors installée à Vichy (Allier). Mon père travaillait dans une agence bancaire. En 1943, mon père fut nommé à Thiers (Puy-de-Dôme) où j'étais écolier. Nous subissions l'occupation allemande (de tristes souvenirs). Après des problèmes de santé (soignés à Paris), mes parents, nommés à Loudun (Vienne) puis Villers-Cotterêts (Aisne), je quittais l'école à 15 ans pour l'apprentissage de la teinturerie dans une usine que possédaient mes cousins d'Alger (chemin Joseph Picard).

Déjà petit, je voyais ma grand-mère paternelle repasser chez elle le linge de clientes de son village et le souvenir de ses fers à repasser, chauffés sur sa cuisinière à charbon, a dû déclencher en moi la passion du fer à repasser. A la suite du décès de son mari gazé à la guerre de 1914-1918, et pour subvenir à ses besoins, ma grand-mère eu l'idée de faire de la broderie; que de belles choses sortaient de ses mains !

A l'époque il était courant pour les jeunes filles qui se mariaient de constituer un trousseau de famille, broderie sur draps, nappes, serviettes, napperons, etc.
Tout cela du fait des décors raffinés supposait précision, patience, repassage et par-dessus tout une excellente vue. Bien sûr, j'ai gardé ses fers, de modestes plaques, mais O combien précieuses ! Ces dernières ont déclenché en moi un véritable engouement.
La fabrication des fers met en évidence un savoir particulier, le génie de l'homme entre le travail de la matière (la pierre, le bois, le fer, la fonte, le cuivre, le bronze, le laiton, l'acier parfois inoxydable, l'aluminium, etc.) du mode de chauffage à froid, à braise, à lingot, à charbon, alcool, eau, gaz, électricité, vapeur, etc.

J'avais émis le choix au départ de devenir tailleur et, bien sûr mon premier fer de collection fut un fer de tailleur à braises, ce dernier déclencha en moi une frénésie de chiner, découvrir et rechercher l'origine de la fabrication des fers à repasser anciens, en prenant notamment contact avec une association de collectionneurs (Pressophiles, Sidérophiles), "Amifer" devenu "Eurofer".

Pendant les vacances, nous allions chez nos grand-parents et c'est donc là que m'est venue cette passion pour les instruments de repassage, passion qui ne s'est jamais éteinte.

Voilà pourquoi, tout ce qui a trait à la blanchisserie et à la teinturerie, ainsi que le repassage et l'entretien du linge m'intéresse.

Et aujourd'hui, quand je vois un lavoir, j'ai toujours un moment d'émotion, le souvenir du temps jadis où les femmes effectuaient ici un dur labeur. Ces constructions font aussi partie du patrimoine, certaines communes en ont pris conscience et les restaurent, d'autres les laissent à l'abandon; dans ces lieux, autrefois si vivants, l'eau ruisselante, les rires des lavandières ont peu à peu laissé place aux tags et aux déprédations diverses, affres de notre époque. C'est un peu la mort dans l'âme que j'assiste à cette vision devant ces monuments désertés.